En bref
- Une skill (compétence) est un savoir-faire : un dossier d'instructions, de scripts et de ressources que l'agent IA ouvre quand la tâche l'exige.
- Le MCP (Model Context Protocol) est une prise : un standard ouvert pour brancher un assistant IA sur un outil ou une source de données.
- Les deux se combinent. Pour relier un agent aux logiciels d'une PME, je préfère écrire et relire moi-même chaque connecteur. Ce n'est pas un dogme : un serveur MCP publié par l'éditeur du logiciel peut être un bon choix.
Par Maxime Desbonnet, gérant de Kendu Intelligence.
Vous avez sans doute croisé deux mots : « skills » et « MCP ». Un agent IA est un programme qui s'appuie sur un modèle d'IA (le moteur qui lit et rédige) pour préparer ou faire des tâches dans vos logiciels. Les skills et le MCP servent tous deux à le rendre utile. Mais ils ne font pas la même chose.
Une skill : un savoir-faire que l'agent ouvre au bon moment
Anthropic, l'éditeur du modèle d'IA Claude, a lancé les Agent Skills en octobre 2025. Sa définition : des dossiers qui contiennent « des instructions, des scripts et des ressources » que Claude peut charger quand il en a besoin.
Le dossier contient une fiche principale : ce que fait la skill, quand s'en servir, comment procéder. On peut y ajouter des modèles, des notes de référence ou de petits programmes.
L'agent lit ces dossiers par étapes. Au démarrage, il ne connaît que le nom et la description courte de chaque skill. Il n'ouvre les instructions complètes que lorsqu'une demande y correspond, et les fichiers annexes seulement s'il en a besoin. On peut donc lui en confier beaucoup sans l'encombrer.
Anthropic compare l'écriture d'une skill à la préparation d'un guide d'accueil pour un nouvel arrivant. Prenons une skill « relance d'impayés » : le ton à employer, les délais, les clients à ne jamais relancer, le modèle de courriel. Elle dit comment faire. Elle ne donne accès à aucun logiciel.
Depuis décembre 2025, ce format est un standard ouvert, et d'autres outils d'IA que ceux d'Anthropic l'ont adopté.
Le MCP : une prise pour brancher l'IA sur vos outils
Le MCP, ou Model Context Protocol, est un protocole : une règle commune pour que deux programmes se parlent. Anthropic l'a publié en open source (code ouvert) en novembre 2024, puis l'a confié en décembre 2025 à l'Agentic AI Foundation, une fondation créée au sein de la Linux Foundation.
Son site officiel le présente comme un standard pour connecter les applications d'IA à des systèmes extérieurs, et le compare à un port USB-C : une prise unique, quel que soit l'appareil.
D'un côté, l'application d'IA ; de l'autre, un « serveur MCP » : un programme qui donne accès à un outil ou à des données, par exemple lire des fichiers, interroger une base de données ou consulter un agenda. Un même serveur peut servir plusieurs assistants : Claude, ChatGPT et plusieurs outils de développement prennent le MCP en charge.
La différence en une image
Imaginez l'arrivée d'un nouveau comptable. Il lui faut la procédure de clôture du mois : c'est la skill. Il lui faut aussi un accès au logiciel de comptabilité : c'est le MCP.
| Skill | MCP | |
|---|---|---|
| Ce que c'est | Un savoir-faire, une procédure | Une prise vers un outil ou des données |
| Ce que ça apporte | La façon de faire | L'accès |
| Exemple | Les règles de relance de l'entreprise | La lecture des factures dans le logiciel de facturation |
L'un sans l'autre ne suffit pas, et les deux se combinent. Anthropic l'écrit lui-même : les skills peuvent compléter les serveurs MCP en apprenant aux agents des enchaînements plus complexes qui font intervenir des outils extérieurs.
Pourquoi je préfère tout faire en interne
« En interne » veut dire ceci : les skills et les connecteurs (les passerelles entre l'agent et vos logiciels) des agents que je construirai, je les écris moi-même, avec Claude, et je les relis. C'est une préférence, pas un dogme. Voici mes raisons.
Savoir exactement ce que fait chaque connecteur. La spécification du MCP le dit clairement : les outils exposés par un serveur représentent une exécution de code arbitraire et doivent être traités avec prudence. Leurs descriptions ne sont pas fiables, sauf si elles viennent d'un serveur de confiance. Anthropic, de son côté, encourage à écrire ses propres serveurs MCP ou à utiliser ceux de fournisseurs de confiance, et précise ne mener aucun audit de sécurité des serveurs MCP. Même prudence pour les skills : la documentation d'Anthropic conseille de n'utiliser que celles qu'on a créées soi-même ou obtenues auprès d'Anthropic, car une skill malveillante peut conduire à une fuite de données.
Brancher directement les interfaces officielles. Quand un logiciel publie une API (la porte d'entrée officielle prévue pour les autres programmes), je préfère m'y brancher directement plutôt que d'empiler des serveurs écrits par des tiers.
Moins d'intermédiaires. Chaque serveur ajouté est un programme de plus à surveiller, et un endroit de plus où passent vos données et vos accès. Le guide de sécurité du MCP le souligne : des droits trop larges accordés d'emblée aggravent les dégâts si un accès est volé. Je donne à chaque connecteur le strict nécessaire : s'il doit lire des factures, il ne peut pas les modifier.
Garder la main sur ce qui entre. L'« injection d'instructions » est un texte piégé, dans un courriel ou une page web, qui tente de détourner l'agent. La documentation d'Anthropic avertit que les serveurs qui vont chercher du contenu extérieur peuvent exposer à ce risque. Un connecteur que j'écris ne transmet au modèle que ce qui est prévu.
Garder les données sur des serveurs maîtrisés. Les connecteurs tourneront là où vous le choisirez : sur vos serveurs, dans votre compte cloud en région européenne, ou sur un serveur que j'administre, hébergé dans l'Union européenne chez OVH. Le modèle d'IA, lui, peut être appelé chez un fournisseur, en région européenne : la page Données et sécurité détaille ce point.
Tout tester et tout relire avant usage. Chaque connecteur passera par des tests automatiques et une relecture avant de toucher à vos données, puis sera figé dans une version.
La réversibilité. Le code écrit pour vous et les consignes de vos agents vous seront remis. Ce qui vous revient précisément sera écrit dans le contrat, avant la mise en place.
Ce que le MCP fait très bien
Je ne rejette pas le MCP. C'est un standard ouvert. Selon son site officiel, il réduit le temps et la complexité de développement. Et un connecteur écrit une fois sert à plusieurs assistants : c'est la force de son écosystème.
D'ailleurs, « en interne » ne veut pas dire « sans MCP ». Un connecteur que j'écris peut très bien prendre la forme d'un serveur MCP. Ce qui compte pour moi, c'est de savoir qui l'a écrit et ce qu'il fait.
Un serveur MCP officiel peut aussi être un bon choix. Certains éditeurs de logiciels publient le leur. Je l'envisage quand il est publié et maintenu par l'éditeur lui-même, qu'il ne demande que les accès utiles, que sa documentation dit où passent les données, et que ce lieu vous convient. Je le relis alors avant de le brancher, je fige sa version et je limite ses droits.
En résumé
La skill apporte le savoir-faire, le MCP apporte l'accès. Les deux sont utiles. Ma préférence : écrire, tester et relire moi-même les connexions vers vos logiciels, et n'ajouter un serveur tiers que s'il vient de l'éditeur et que je l'ai vérifié.
Vous avez un processus à confier à un agent, ou une question sur ces choix ? Écrivez-moi.
Pour aller plus loin
- Données et sécurité : où tournent les agents et où passent vos données.
- La méthode : de l'audit à la mise en service.
- n8n, Make, Zapier ou agent sur mesure : que choisir ?
- Demander un audit.