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Cas type8 min de lecture

Repérer un client en difficulté avant l'impayé : un agent qui lit les annonces légales

Un agent peut croiser chaque semaine vos clients, vos retards de paiement et les annonces du BODACC pour signaler les risques. Il alerte, vous décidez.

Sur le rebord d'une fenêtre, une longue-vue en laiton gainée de bleu pétrole, montée sur un trépied et tournée vers les toits d'une ville sous un ciel gris ; à côté, une pile de feuilles blanches pliées.
Image générée par IA

En bref

  • En France, l'ouverture d'une procédure collective chez un client (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire) est publiée au BODACC. Ces annonces se consultent gratuitement, et un logiciel peut les lire par une interface ouverte (API).
  • Un agent mis en place sur mesure peut croiser ces annonces avec votre liste de clients et vos retards de paiement, puis vous remettre chaque semaine une liste courte des risques.
  • Il alertera, il ne décidera pas : aucune coupure de crédit, aucun changement de conditions, aucun envoi sans votre accord.

Prenons un scénario type. Une PME de 40 salariés vend des fournitures à quelques centaines de clients professionnels, payables à 30 jours. L'un d'eux paie un peu plus tard chaque mois. Puis l'équipe apprend, par hasard, que ce client est en redressement judiciaire depuis plusieurs semaines. Une question devient urgente : reste-t-il assez de temps pour déclarer la somme due ?

Voici un exemple de mise en place sur mesure qui aurait pu alerter plus tôt, à partir de données publiques et gratuites.

Les signaux publics d'un client fragile

Une procédure collective est une procédure judiciaire ouverte quand une entreprise a de graves difficultés à payer ses dettes : sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire.

Le BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) publie plusieurs familles d'annonces utiles :

Aucun de ces signaux n'est un verdict. Un nouveau dirigeant peut être une bonne nouvelle.

En France, le calendrier, lui, est précis. Selon le site officiel Entreprendre Service Public, le jugement d'ouverture doit être publié au BODACC dans les 15 jours qui suivent. À partir de cette publication, le créancier (vous, si le client vous doit de l'argent) a 2 mois pour déclarer sa créance. On la déclare au mandataire judiciaire en cas de sauvegarde ou de redressement, au liquidateur en cas de liquidation. Le délai passe à 4 mois si le créancier n'est pas situé en France métropolitaine. Si vous détenez une garantie (une « sûreté ») ou un contrat publiés, le délai court à partir de la notification qui vous est faite, et non de la publication.

Une créance non déclarée n'est pas prise en compte dans la procédure : elle ne sera pas payée. Le créancier en retard peut demander un « relevé de forclusion », c'est-à-dire la levée de la perte de son droit, dans les 6 mois qui suivent la publication du jugement d'ouverture. Il dépose pour cela une requête au greffe du tribunal, adressée au juge-commissaire. Ce sont des règles générales : pour votre cas, voyez votre conseil.

Les sources ouvertes, pays par pays

France

Pour quelques clients, une recherche régulière sur bodacc.fr peut suffire. L'agent devient utile quand la liste est longue, qu'elle change souvent et qu'il faut la lire à côté de vos retards de paiement.

Espagne et Belgique : premières pistes

Ce que fera l'agent, chaque semaine

  1. Il lira votre liste de clients et leurs numéros SIREN dans votre logiciel de facturation, en lecture seule.
  2. Il cherchera dans le BODACC les annonces récentes sur ces numéros. Il rapprochera par numéro, pas par nom, pour éviter les homonymes.
  3. Il interrogera l'API Recherche d'entreprises pour chaque client : entreprise fermée, dirigeant différent de la semaine précédente.
  4. Il croisera avec vos données : factures échues, encours (ce que le client vous doit), délai de paiement qui s'allonge.
  5. Il vous remettra une liste courte, classée par risque : client, signal, lien vers l'annonce, encours, retard, suggestion à valider.

Un cas n'attend pas la semaine suivante : l'ouverture d'une procédure chez un client qui vous doit de l'argent. Pour ce cas, l'agent pourra consulter le BODACC chaque jour et vous prévenir le jour où il trouve l'annonce. Gardez en tête que l'annonce peut paraître jusqu'à 15 jours après le jugement. L'agent rappellera la date limite de déclaration. Il préparera un brouillon de dossier avec ce que la déclaration doit contenir selon Entreprendre Service Public : montant dû au jour du jugement d'ouverture, sommes à payer et leurs échéances, documents qui prouvent la créance, comme vos factures. Si un agent de relance des factures est aussi en place chez vous, il mettra en pause les relances à ce client : c'est un cas d'arrêt prévu dans sa fiche.

Quand il ne sera pas sûr, il vous posera la question au lieu de deviner : un client sans SIREN, deux sociétés au nom proche, une annonce qu'il ne sait pas classer. Toutes les annonces « procédures collectives » ne sont pas des ouvertures. On y trouve aussi, par exemple, des avis de dépôt de l'état des créances (la liste des créances déposée au greffe), des jugements de clôture ou de conversion en liquidation. L'agent dira ce qu'il a lu et donnera le lien.

Ce qu'il ne fera pas

L'agent ne fera jamais seul ces actions :

Dans notre méthode, l'autonomie d'un agent se règle par paliers, de 0 (il propose, sans agir) à 3 (il agit seul, sous surveillance). Ces actions restent au palier 1 : l'agent prépare, une personne de votre équipe valide, corrige ou refuse chaque action. La déclaration de créance, document engageant envoyé à un tiers, ne dépasse jamais ce palier.

La raison est simple : vous connaissez votre client, l'annonce non. Chaque alerte et chaque décision seront inscrites dans un journal (ce que l'agent a lu, ce qu'il a proposé, qui a décidé, quand). Avant la mise en service, une période d'essai « en ombre » de quelques semaines, d'une durée définie avec vous, comparera ses alertes à ce que votre équipe repère seule.

Données personnelles : entrepreneurs individuels et dirigeants

Le RGPD (Règlement général sur la protection des données) protège toute information qui se rapporte à une personne physique identifiée ou identifiable (article 4). Le texte cite le nom parmi les moyens d'identifier une personne. Le nom d'un entrepreneur individuel dans une annonce, ou celui d'un dirigeant, est donc une donnée personnelle.

La Licence Ouverte 2.0 autorise la réutilisation de ces données à condition de respecter le cadre légal de la protection des données personnelles, et de citer la source et la date de dernière mise à jour. La fiche de l'agent fixera donc :

Deux points se tranchent avec votre délégué à la protection des données ou votre conseil. La base légale : l'« intérêt légitime » (article 6) est une piste, à confirmer par une analyse écrite. L'information des personnes : l'article 14 demande d'indiquer la source des données et si elles viennent de sources accessibles au public ; la formulation et les exceptions prévues par cet article sont à vérifier avec votre conseil.

Enfin, l'article 22 donne le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé, quand elle produit des effets juridiques sur la personne ou l'affecte de manière significative de façon similaire. Ici, c'est une personne qui décidera, pas l'agent seul.

Indicateurs : alertes utiles, impayés évités

Pendant la période d'essai puis chaque mois, la supervision suivra :

Les « impayés évités » se mesurent mal : on ne sait jamais ce qui se serait passé sans l'alerte. Nous montrerons des faits (alerte reçue, décision prise, encours à cette date), pas un chiffre d'économies promis d'avance.

Pour aller plus loin

Sources

Consultées le 13 octobre 2026.

  1. Déclarer ses créances envers un partenaire commercial en procédure collective (Entreprendre Service Public, F22359)
  2. Comment savoir si une entreprise fait l'objet d'une procédure collective ? (Entreprendre Service Public, F31195)
  3. Consulter le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (bodacc.fr), justice.fr
  4. BODACC, site officiel
  5. API Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC), data.gouv.fr
  6. BODACC « annonces commerciales », répartition par famille d'annonces (API Opendatasoft de la DILA)
  7. BODACC, annonces « Procédures collectives » contenant « état des créances » (API Opendatasoft de la DILA)
  8. BODACC, annonces « Procédures collectives » contenant « clôture » (API Opendatasoft de la DILA)
  9. BODACC, annonces « Procédures collectives » contenant « conversion » (API Opendatasoft de la DILA)
  10. BODACC, annonces « Modifications diverses » sur les dirigeants (API Opendatasoft de la DILA)
  11. Procédure de conciliation (Entreprendre Service Public, F22295)
  12. Rétablissement professionnel d'un entrepreneur individuel (Entreprendre Service Public, F32095)
  13. API Recherche d'entreprises, data.gouv.fr
  14. API Recherche d'entreprises, documentation technique (OpenAPI) des champs de réponse
  15. API para el acceso a los sumarios del BORME, Agencia Estatal Boletín Oficial del Estado (v2.0, 28 mai 2026)
  16. BORME, exemple d'un document de la section A (BORME-A-2024-102-03)
  17. Registro Público Concursal (Espagne)
  18. BCE/KBO open data (SPF Économie, Belgique)
  19. RGPD, chapitre I (texte publié par la CNIL)
  20. RGPD, chapitre II (texte publié par la CNIL)
  21. RGPD, chapitre III (texte publié par la CNIL)
  22. Licence Ouverte / Open Licence version 2.0 (Etalab)

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