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Réglementation8 min de lecture

Règlement européen sur l'IA : ce qu'une PME qui utilise des agents doit faire en 2026

Déployeur ou fournisseur, chatbot qui doit dire qu'il est une IA depuis le 2 août 2026, haut risque reporté à 2027 : le règlement IA lu pour une PME.

Sur un bureau en bois clair, un classeur à anneaux bleu pétrole ouvert, avec des intercalaires de couleur vierges, à côté d'une paire de lunettes de lecture.
Image générée par IA

En bref

  • Une PME qui utilise un agent IA est le plus souvent « déployeur » au sens du règlement européen sur l'IA. Elle peut aussi être « fournisseur » : le texte vise aussi celui qui « fait développer » un système et le met en service sous son nom. Faites vérifier votre cas par votre conseil, et écrivez le rôle de chacun dans le contrat.
  • Depuis le 2 août 2026, un agent qui échange directement avec vos clients doit leur dire qu'il est une IA, au plus tard au premier échange.
  • Les règles « haut risque » (recrutement, gestion des salariés, solvabilité de personnes physiques) s'appliqueront le 2 décembre 2027. C'est maintenant qu'il faut repérer ces usages.

Le règlement européen sur l'IA, souvent appelé « AI Act », est le règlement (UE) 2024/1689. Le règlement (UE) 2026/1744, dit « omnibus numérique sur l'IA », l'a modifié. Il est entré en vigueur le 27 juillet 2026.

Si le sujet vous paraît flou, vous n'êtes pas seul. En 2025, parmi les entreprises de l'UE d'au moins 10 salariés qui ont envisagé l'IA sans l'utiliser, 52,5 % citent le manque de clarté sur les conséquences juridiques (Eurostat).

Voici une lecture pratique pour une PME qui utilise des agents IA. Un « agent » désigne ici un logiciel qui s'appuie sur un modèle d'IA pour accomplir une tâche : trier des courriels, préparer une relance, répondre à un client. Cette lecture ne remplace pas l'avis d'un juriste.

Déployeur ou fournisseur : où se situe votre entreprise

Le règlement définit plusieurs rôles (article 3). Deux vous concernent :

Dans la plupart des cas, votre entreprise est déployeur. Deux situations demandent plus d'attention.

  1. Vous faites développer un agent sur mesure et vous le mettez en service sous votre nom. La définition du fournisseur vise aussi celui qui « fait développer » un système. Les lignes directrices de la Commission citent un cas proche : une entreprise qui développe un chatbot en interne et le met en service pour son propre usage, sous son nom, est fournisseur. Selon le montage, ce rôle peut donc revenir à vous ou à votre prestataire. Faites vérifier votre montage par votre conseil, et écrivez le rôle de chacun noir sur blanc dans le contrat.
  2. Vous changez l'usage d'un outil. Un déployeur est considéré comme fournisseur s'il « modifie la destination » d'un système d'IA au point de le faire entrer dans le haut risque (article 25). Par exemple, une PME de 30 salariés qui réutilise son agent de support pour trier des candidatures.

Et le modèle d'IA qui fait tourner l'agent ? C'est en général un « modèle d'IA à usage général » (considérant 99). Ses règles visent son éditeur, pas votre PME.

Le calendrier après le règlement omnibus 2026/1744

DateCe qui s'appliquePour une PME qui utilise des agents
2 février 2025Définitions, maîtrise de l'IA (article 4), pratiques interditesAccompagner les équipes qui utilisent l'IA
2 août 2025Règles sur les modèles d'IA à usage généralConcerne les éditeurs de modèles
2 août 2026Application générale, dont la transparence (article 50)Vos agents doivent se présenter comme des IA
2 décembre 2026Fin du délai de marquage des contenus générés pour les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026 ; nouvelles interdictions (IA qui produit des contenus intimes non consentis ou des contenus d'abus sexuels sur enfants)Le marquage concerne surtout les fournisseurs
2 décembre 2027Haut risque pour les usages de l'annexe III (au lieu du 2 août 2026)Recrutement, gestion des salariés, crédit
2 août 2028Haut risque pour l'IA intégrée à des produits réglementés (annexe I)Concerne les produits soumis à des règles de sécurité

Sources : articles 113 et 111, calendrier de la Commission.

Article 50 : dire clairement à vos clients qu'ils parlent à une IA

La règle tient en deux phrases (article 50) :

La Commission a publié le 20 juillet 2026 des lignes directrices sur l'article 50. Elles ne sont pas contraignantes : seule la Cour de justice de l'UE donne une interprétation qui fait foi. Elles précisent toutefois plusieurs points :

En pratique :

Cette obligation vise le fournisseur, qui conçoit l'outil. Si vous êtes vous-même fournisseur (voir plus haut), elle vous revient. Comme déployeur, vérifiez que la mention s'affiche et ne la désactivez pas.

Parmi les autres règles de l'article 50, deux peuvent vous concerner :

Un manquement à l'article 50 expose à une amende plafonnée à 15 millions d'euros ou à 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial de l'exercice précédent, le plus élevé des deux. Pour une PME, c'est le plus bas des deux (article 99).

Haut risque : les usages à surveiller

L'annexe III liste les usages dits « à haut risque ». Pour une PME, trois familles comptent :

Un entrepreneur individuel, qui exerce sans créer de société, est une personne physique : en France, l'INPI rappelle que l'entreprise individuelle se confond juridiquement avec lui. Un agent qui noterait la solvabilité de tels clients pourrait entrer dans ce cas. À vérifier avec votre conseil.

Un usage de l'annexe III n'est pas à haut risque s'il ne présente pas de risque important pour la santé, la sécurité ou les droits fondamentaux. C'est le cas, par exemple, d'une tâche procédurale étroite ou d'une tâche préparatoire. Il l'est toujours s'il fait du « profilage », c'est-à-dire s'il évalue automatiquement des aspects personnels d'une personne à partir de ses données : travail, situation financière, fiabilité, comportement… (article 6 ; définition à l'article 4 du RGPD). Le fournisseur qui écarte ainsi le haut risque doit documenter son évaluation avant la mise sur le marché ou en service.

Ces règles s'appliqueront le 2 décembre 2027, au lieu du 2 août 2026 prévu au départ. Le déployeur devra alors notamment (article 26) :

Les usages prévus pour nos quatre agents types, en préparation (relances et factures, courriels et support, devis et prospects, pièces comptables), ne figurent pas, en principe, dans cette liste. Un point reste à examiner : la liste des clients « à risque » que préparera l'agent relances et factures, si ces clients sont des personnes physiques (voir plus haut). Nous appliquerons à tous nos agents des règles proches de celles du haut risque : au départ, l'agent propose et un humain décide ; chaque action sera journalisée ; l'agent s'arrête et passe la main en cas de doute.

Article 4 (maîtrise de l'IA) : l'essentiel

Depuis le 2 février 2025, les fournisseurs et les déployeurs doivent s'occuper de la « maîtrise de l'IA » de leur personnel. Le règlement 2026/1744 a assoupli cette règle (article 4) :

Le texte n'impose pas de format. Une base simple : une courte formation à l'outil et une règle d'usage écrite. Nous détaillons ce point dans notre article sur la formation des équipes.

Ce que prévoit le contrat : qui porte quel rôle

Un contrat de mise en place d'agents devrait préciser, agent par agent :

Chez Kendu Intelligence, la fiche de chaque agent, que vous validerez avant la construction, précisera sa mission et ses cas d'arrêt. Le rôle de chacun au regard du règlement sera défini avec vous dans le devis, selon le mode de déploiement choisi. Chaque action de nos agents sera journalisée.

Pour aller plus loin

Sources

  1. AI Act Service Desk (Commission européenne) : calendrier de mise en œuvre du règlement IA · consultée le 13 octobre 2026
  2. Commission européenne : « AI Omnibus enters into force » (27 juillet 2026 ; renvoie au JO L 2026/1744) · consultée le 13 octobre 2026
  3. AI Act Service Desk : article 113 (version consolidée) · consultée le 13 octobre 2026
  4. AI Act Service Desk : article 111 §4 (nouveau, omnibus) · consultée le 13 octobre 2026
  5. AI Act Service Desk : article 50 (version française) · consultée le 13 octobre 2026
  6. Commission européenne : lignes directrices sur les obligations de transparence de l'article 50, C(2026) 5054 final, 20/07/2026 · consultée le 13 octobre 2026
  7. Commission européenne : texte des lignes directrices sur l'article 50, C(2026) 5054 final (PDF ; points 5, 11, 14, 30, 31 et 45) · consultée le 13 octobre 2026
  8. Commission européenne : questions-réponses sur l'article 50 (mise à jour du 24/07/2026) · consultée le 13 octobre 2026
  9. AI Act Service Desk : article 3 (définitions, version française) · consultée le 13 octobre 2026
  10. AI Act Service Desk : article 4 (version française, modifiée par l'omnibus) · consultée le 13 octobre 2026
  11. AI Act Service Desk : article 25 (version française) · consultée le 13 octobre 2026
  12. AI Act Service Desk : considérant 99 (version française) · consultée le 13 octobre 2026
  13. AI Act Service Desk : annexe III · consultée le 13 octobre 2026
  14. AI Act Service Desk : article 6 · consultée le 13 octobre 2026
  15. AI Act Service Desk : article 26 · consultée le 13 octobre 2026
  16. AI Act Service Desk : article 99 (sanctions) · consultée le 13 octobre 2026
  17. Règlement (UE) 2026/1744 (EUR-Lex) · consultée le 12 octobre 2026
  18. Règlement (UE) 2024/1689 (EUR-Lex, version française) · consultée le 12 octobre 2026
  19. Eurostat Statistics Explained : Use of artificial intelligence in enterprises · consultée le 13 octobre 2026
  20. CNIL : texte du RGPD, chapitre IV, article 28 · consultée le 13 octobre 2026
  21. CNIL : texte du RGPD, chapitre I, article 4 · consultée le 13 octobre 2026
  22. INPI : Personne physique et personne morale, définition (publié le 12 mars 2026) · consultée le 13 octobre 2026

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