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Réglementation8 min de lecture

RGPD et agents IA : qui est responsable de quoi quand l'IA lit vos courriels et vos factures

RGPD et agents IA : qui est responsable du traitement, ce que doit contenir le contrat de sous-traitance et comment chaque agent limite les données lues.

Une enveloppe kraft ouverte d'où dépassent des feuilles entièrement couvertes de bandes de papier blanc opaque, et une loupe au manche bleu pétrole posée à côté.
Image générée par IA

En bref

  • Votre entreprise reste responsable du traitement des données. Kendu Intelligence sera votre sous-traitant, et le RGPD impose alors un contrat écrit entre nous (article 28). Le fournisseur du modèle d'IA interviendra comme notre propre sous-traitant, sauf si le modèle passe par votre compte cloud.
  • Nos règles communes limiteront chaque agent à l'accès minimal, en lecture seule quand le logiciel le permet. Chacune de ses actions sera inscrite dans un journal.
  • Une personne demande par courriel l'accès à ses données ou leur effacement ? Notre agent des courriels, en préparation, ne répondra pas : il s'arrêtera et confiera la demande à quelqu'un de votre équipe.

Un agent IA qui trie vos courriels lit des noms, des adresses, parfois des sujets délicats. Un agent qui traite vos factures voit les coordonnées de vos contacts et, dans les notes de frais, des données de vos salariés. Le RGPD (règlement général sur la protection des données) n'interdit pas ces usages. Il demande des rôles clairs, un contrat et le moins de données possible.

Responsable du traitement, sous-traitant, sous-traitant ultérieur : qui est qui

À noter : un sous-traitant qui fixerait lui-même les finalités et les moyens, en violation du règlement, serait considéré comme responsable de ce traitement (article 28 §10).

Exception : le modèle peut passer par votre propre compte chez un fournisseur de cloud, c'est-à-dire un hébergeur en ligne comme Google Cloud ou Amazon Web Services. Ce sont alors les conditions de cette plateforme qui s'appliquent (aide Anthropic), dans le cadre de votre contrat avec elle. Google Cloud et Amazon Web Services, par exemple, s'y déclarent sous-traitants de leur client (Google Cloud, article 4.1 ; Amazon Web Services, article 1.1). La répartition exacte des rôles entre vous, nous et la plateforme dépend du montage : à vérifier avec votre conseil.

Le contrat de sous-traitance (article 28) : ce qu'il doit contenir

Vous ne devez faire appel qu'à un sous-traitant qui présente des « garanties suffisantes » (article 28 §1). Le contrat écrit fixe l'objet, la durée, la nature et la finalité du traitement, les types de données et les catégories de personnes concernées (article 28 §3). Il prévoit aussi que le sous-traitant :

Votre autorisation écrite d'un sous-traitant ultérieur peut être spécifique ou générale. Si elle est générale, vous êtes informé de tout changement prévu et pouvez vous y opposer (article 28 §2). Le sous-traitant initial reste pleinement responsable envers vous si son propre sous-traitant manque à ses obligations (article 28 §4).

Côté modèle, prenons Anthropic, qui fournit les modèles Claude. Son accord de traitement des données (version en vigueur depuis le 24 février 2025) fait partie de ses conditions commerciales, celles de l'API et des offres pour les entreprises. Anthropic s'y engage comme sous-traitant de son client (clause B.1). Il prévient avant d'ajouter un sous-traitant. Le client dispose alors de quinze jours pour s'y opposer, pour un motif raisonnable lié à la protection des données ou à la sécurité ; sans opposition, le changement est réputé accepté (clause C.3). Si le modèle passe par une plateforme tierce, ce sont les conditions de cette plateforme qui s'appliquent (aide Anthropic).

Minimiser : chaque agent n'accède qu'à ce dont il a besoin

Le règlement demande des données « limitées à ce qui est nécessaire » (article 5 §1 c). Nos règles communes à tous les agents le traduisent ainsi :

Par exemple, une PME de 30 salariés veut un agent qui prépare ses relances d'impayés. Il lui faut les factures, les échéances, les paiements reçus et le contact à relancer. Il n'a besoin ni de toute la boîte mail du service comptable, ni des données bancaires de ses clients au-delà du rapprochement entre paiements et factures.

Transferts hors UE : la question du modèle d'IA

Pour préparer un brouillon, l'agent envoie au modèle le texte à lire. Où ce modèle travaille-t-il ? Le RGPD encadre tout transfert de données vers un pays hors de l'Union européenne (chapitre V). Deux voies sont courantes :

L'accord d'Anthropic intègre ces clauses types, dans la mesure où la loi l'exige (clause I.1).

L'API directe d'Anthropic propose aujourd'hui deux réglages pour le lieu de calcul : « global », où le calcul peut se faire dans n'importe quelle zone disponible, ou « us », aux États-Unis seulement. Les données qu'Anthropic stocke pour votre espace de travail le sont aux États-Unis seulement. Sur Amazon Bedrock et Google Cloud, la région de calcul dépend du point d'accès choisi (documentation Anthropic, consultée le 13 octobre 2026). C'est pourquoi le lieu où tourneront vos agents et la voie par laquelle passera le modèle se décident avec vous. Les options sont détaillées sur la page Données et sécurité.

Registre, analyse d'impact et droits des personnes : l'agent s'arrête et passe la main

Le registre des traitements est la liste écrite de vos usages de données. Pour chaque traitement, il indique notamment les finalités, les catégories de personnes et de données, les destinataires, les transferts hors UE, les délais d'effacement et les mesures de sécurité (article 30 §1). Nous rédigerons ces lignes avec vous dès la spec de chaque agent. Le sous-traitant tient lui aussi un registre des traitements qu'il effectue pour ses clients (article 30 §2).

Une dispense existe pour les organisations de moins de 250 employés. Elle ne joue pas si le traitement n'est pas occasionnel, s'il comporte un risque pour les personnes ou s'il touche des données sensibles ou pénales (article 30 §5). Un agent qui lit vos courriels chaque jour peut difficilement passer pour occasionnel : dans le doute, tenez le registre.

Cette dispense pourrait changer. En juin 2026, les négociateurs du Parlement européen et du Conseil se sont accordés sur une nouvelle rédaction de l'article 30 §5 (texte de compromis transmis par le Conseil). La dispense viserait les organisations de moins de 1 000 salariés, sauf notamment pour un traitement susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes. Au 13 octobre 2026, ce texte n'est pas adopté : le vote du Parlement en séance plénière est prévu, à titre indicatif, le 23 novembre 2026 (fiche de procédure). Seule comptera la rédaction publiée au Journal officiel de l'UE.

Autre question à trancher pour chaque agent avant sa mise en service : l'analyse d'impact. C'est une étude écrite des risques du traitement et des protections prévues. Elle est obligatoire « avant le traitement » quand celui-ci est « susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes physiques » (article 35 §1). Comme sous-traitant, nous devons vous aider à la mener (article 28 §3 f).

Toute personne peut demander l'accès à ses données, leur rectification, leur effacement, ou s'opposer à leur usage (articles 15, 16, 17 et 21). Vous devez l'informer des suites données dans un délai d'un mois. Au besoin, ce délai peut être prolongé de deux mois, « compte tenu de la complexité et du nombre de demandes », à condition de prévenir la personne dans le premier mois en expliquant pourquoi (article 12 §3). Une telle demande peut arriver par courriel. C'est un cas d'arrêt écrit dans la fiche de notre agent des courriels, en préparation : il ne répondra pas, il signalera la demande et la confiera à la personne désignée chez vous. Et dans notre méthode, une suppression de données est toujours validée par un humain avant d'être faite, quel que soit le degré d'autonomie de l'agent.

Contacts commerciaux : base légale et durées de conservation

La spec de l'agent des devis et prospects écrira la base légale, c'est-à-dire la raison qui autorise le traitement, et la durée de conservation des coordonnées qu'il manipule.

Cet article ne remplace pas l'avis de votre délégué à la protection des données ou d'un avocat.

Pour aller plus loin

Sources

  1. RGPD (règlement (UE) 2016/679), EUR-Lex · consultée le 12 octobre 2026
  2. CNIL, texte du RGPD, chapitre I (dispositions générales) · consultée le 13 octobre 2026
  3. CNIL, texte du RGPD, chapitre II (principes) · consultée le 13 octobre 2026
  4. CNIL, texte du RGPD, chapitre III (droits de la personne concernée) · consultée le 13 octobre 2026
  5. CNIL, texte du RGPD, chapitre IV (responsable du traitement et sous-traitant) · consultée le 13 octobre 2026
  6. CNIL, texte du RGPD, chapitre V (transferts vers des pays tiers) · consultée le 13 octobre 2026
  7. CNIL, questions-réponses sur les référentiels gestion des activités commerciales et des impayés · consultée le 13 octobre 2026
  8. Anthropic, Data Processing Addendum · consultée le 13 octobre 2026
  9. Anthropic, centre d'aide : How do I view and sign your Data Processing Addendum (DPA)? · consultée le 13 octobre 2026
  10. Claude Platform, documentation Data residency · consultée le 13 octobre 2026
  11. Google Cloud, Cloud Data Processing Addendum · consultée le 13 octobre 2026
  12. Amazon Web Services, AWS Data Processing Addendum · consultée le 13 octobre 2026
  13. BOE, Ley 34/2002 (LSSI), texte consolidé · consultée le 13 octobre 2026
  14. eJustice (Moniteur belge), arrêté royal du 4 avril 2003 sur la publicité par courrier électronique, et rapport au Roi · consultée le 13 octobre 2026
  15. Conseil de l'UE, note d'information 10978/26 du 26 juin 2026 (Omnibus IV, texte de compromis) · consultée le 13 octobre 2026
  16. Parlement européen, Observatoire législatif, procédure 2025/0130(COD) · consultée le 13 octobre 2026

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