En bref
- En 2025, un actif occupé sur quatre en France et en Espagne, un sur trois en Belgique, a utilisé l'IA générative pour son travail (Eurostat). Chez les salariés de bureau, un sondage Cegid/OpinionWay (2026) trouve 70 % en France et 82 % en Espagne.
- Le plus souvent, chacun avec son outil : en France, 67 % des salariés de bureau qui utilisent l'IA recourent à des outils non fournis par leur entreprise. Et 63 % des salariés de bureau interrogés en France disent que leur entreprise n'a mis en place aucune formation aux outils d'IA (même étude).
- Côté entreprises françaises, la Banque de France observe des effets économiques encore limités. Notre lecture : il manque des décisions que seule l'entreprise peut prendre (choisir un processus, y brancher l'IA, la superviser, former l'équipe).
Scénario type, fictif : lundi matin, dans une PME de 30 salariés. La comptable reformule une relance délicate avec un assistant conversationnel gratuit. Le commercial y fait traduire une offre pour un client espagnol. Une assistante y colle un contrat pour en obtenir un résumé. Personne n'a rien décidé : chacun a trouvé son outil.
Les enquêtes récentes vont dans ce sens : l'IA entre dans l'entreprise par les salariés, souvent avec des outils que l'entreprise n'a pas fournis. Notre lecture : beaucoup d'entreprises l'ont essayée, peu l'ont organisée. Le risque : des gains que personne ne mesure, et des données qui peuvent sortir sans règle.
Vos salariés utilisent déjà l'IA générative, chacun avec son outil
L'IA générative, ce sont les outils qui rédigent, résument, traduisent ou créent des images à la demande, comme les assistants conversationnels. Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne, a mesuré en 2025 qui s'en sert pour son travail.
| Pays | Personnes en emploi |
|---|---|
| Belgique | 32,7 % |
| Espagne | 26,1 % |
| France | 24,6 % |
| Union européenne (27 pays) | 21,8 % |
Part des personnes en emploi de 16 à 74 ans (salariés, indépendants et aides familiaux) ayant utilisé un outil d'IA générative pour le travail au cours des trois derniers mois, en 2025. Source : Eurostat, table isoc_ai_iaiu, base mise à jour le 5 juin 2026.
C'est la seule mesure officielle de l'usage individuel au travail que nous ayons trouvée. Elle ne détaille pas les PME et ne dit pas qui fournit l'outil. Un sondage commandé par Cegid, éditeur de logiciels, à OpinionWay éclaire ce second point (500 salariés de bureau interrogés en France et 501 en Espagne, en mai et juin 2026). Il décrit un usage souvent hors du cadre de l'entreprise, ce qu'on appelle parfois « shadow AI ».
- En France, 70 % des salariés de bureau interrogés utilisent l'IA. Parmi eux, 67 % déclarent recourir à des outils non fournis par leur entreprise, « souvent sans en informer leur employeur ».
- En Espagne, 82 % l'utilisent. Parmi ceux qui l'ont utilisée, la même proportion (82 %) reconnaît s'être servie d'outils non fournis par leur entreprise, sans l'en informer.
- Les outils fournis : seuls 39 % des salariés de bureau interrogés en France disposent d'outils d'IA professionnels fournis par leur entreprise, contre 49 % en Espagne.
- La formation : en France, 63 % des salariés de bureau interrogés disent que leur entreprise n'a mis en place aucune formation aux outils d'IA. En Espagne, sur une question formulée autrement, 56 % n'en ont reçu aucune de leur entreprise.
Pour les seules PME françaises, l'étude avance que 77 % des utilisateurs s'appuient sur leurs propres solutions plutôt que sur les outils de l'employeur. Ce chiffre vient d'un sous-échantillon dont la taille n'est pas publiée : un indice, pas une mesure.
Des données qui peuvent sortir sans règle
Reste ce que les salariés confient à ces outils. Nous n'avons trouvé aucune source publique solide qui mesure la part des salariés qui y saisissent des données confidentielles, mais les autorités en ont fait un point d'attention. En France, dans une fiche pour les TPE et PME, la CNIL et France Num préviennent que ce que vous saisissez dans un outil en ligne grand public peut servir de données d'entraînement. Leur consigne : « N'introduisez pas de données confidentielles, personnelles ou stratégiques. » L'ANSSI, l'agence française de cybersécurité, recommandait en 2024 de « proscrire l'utilisation d'outils d'IA générative sur Internet pour un usage professionnel impliquant des données sensibles », dont les données contractuelles. Le contrat de notre scénario en fait partie.
D'abord : regarder, puis écrire la règle
Demandez à vos équipes quels outils elles utilisent et pour quoi, sans en faire un procès : le but est de savoir. Puis écrivez la règle d'usage, comme le recommandent la CNIL et France Num. Une page suffit : outils autorisés, données à ne jamais saisir, relecture avant tout envoi, personne à prévenir en cas de doute.
Pour l'entreprise : un usage déclaré, peu d'effets mesurés
Les statistiques d'entreprises comptent des entreprises, pas des personnes : elles ne se comparent pas terme à terme avec les chiffres sur les salariés.
- Eurostat : en 2025, 15,0 % des entreprises françaises de 10 à 49 personnes occupées utilisaient au moins une technologie d'IA. C'est 17,2 % en Espagne, 28,8 % en Belgique et 17,0 % dans l'Union européenne.
- Banque de France : début 2026, 64 % des entreprises françaises de 20 à 49 salariés déclarent utiliser l'IA générative. Mais c'est un usage « principalement limité ou expérimental », et « à ce stade, les effets économiques observés demeurent limités et concernent principalement des gains de productivité ».
Les deux chiffres ne se comparent pas : la question, le seuil et la date diffèrent (Eurostat : au moins une technologie d'IA, en 2025 ; Banque de France : l'IA générative, usages expérimentaux compris, début 2026). Retenez le constat de la Banque de France : l'usage se diffuse vite, ses effets restent limités. D'autres chiffres officiels : les chiffres 2025-2026 de l'IA dans les PME.
Notre lecture : quand chacun travaille avec son propre outil, le temps gagné reste individuel. Personne n'a mesuré le point de départ, rien ne se voit dans les délais ni dans les marges, et ce qui marche chez l'un ne se transmet pas aux autres, surtout quand l'usage reste caché.
Ce qui manque : des décisions d'entreprise
Les outils existent, et vos salariés savent déjà s'en servir. Une fois la règle écrite, quatre décisions, que seule l'entreprise peut prendre, transforment des usages individuels en résultat pour elle.
- Choisir un processus. Un seul pour commencer : une tâche fréquente, dont on sait écrire les règles et dont on connaît le coût actuel (temps, délais, erreurs). Relancer les factures échues, trier une boîte partagée, préparer des devis. Sans point de départ chiffré, impossible de dire plus tard si l'IA aide. Voir par quel processus commencer.
- Y brancher l'IA. Plutôt qu'un copier-coller dans l'outil de chacun, un outil choisi par l'entreprise, relié à ses logiciels, avec des accès limités au strict nécessaire. Une personne en a lu les conditions, qui varient selon l'offre et l'abonnement : où vont les données, servent-elles à améliorer le modèle ?
- La superviser. Au début, une personne relit ce que l'IA prépare avant que cela parte. On suit quelques indicateurs : part des propositions acceptées, erreurs, temps gagné. C'est ce suivi qui rend le gain visible.
- Former l'équipe. Ce qu'il ne faut jamais saisir, comment vérifier une réponse, à qui signaler un doute. C'est le premier frein cité : parmi les petites entreprises de l'Union européenne (10 à 49 personnes occupées) qui ont envisagé l'IA sans l'adopter, environ 70 % citent le manque d'expertise (Eurostat, 2025). Sur le règlement européen sur l'IA, voir notre article sur la formation.
Rien de tout cela n'exige d'être informaticien. Il faut une personne du métier, du temps réservé dans son agenda, et une décision du dirigeant.
Note sur l'Espagne
L'AEPD, l'autorité espagnole de protection des données, conseille aux utilisateurs de chatbots d'IA de limiter les données personnelles qu'ils exposent et de vérifier si l'outil continue d'apprendre des conversations. Ce conseil vise les utilisateurs en général, pas les employeurs. L'INCIBE, l'institut national de cybersécurité, conseillait dès 2023 aux entreprises d'éviter de fournir à ChatGPT des données personnelles, sensibles ou bancaires.
Sources (consultées le 12 octobre 2026)
- Eurostat, usage de l'IA générative par les individus, table isoc_ai_iaiu : tableau et personnes en emploi, 2025
- Eurostat, usage de l'IA dans les entreprises et freins, table isoc_eb_ai
- Cegid et OpinionWay, communiqué France du 3 septembre 2026 et communiqué Espagne du 31 août 2026
- Banque de France, Bulletin n° 266, article 1, 3 septembre 2026
- CNIL et France Num, fiche 4 pour les TPE et PME, novembre 2024
- ANSSI, Recommandations de sécurité pour un système d'IA générative, 29 avril 2024
- AEPD, recommandations aux utilisateurs de chatbots d'IA, non datées
- INCIBE, ChatGPT et les risques pour l'entreprise, 11 avril 2023
Pour aller plus loin
Kendu Intelligence propose d'accompagner les dirigeants de PME sur ces décisions : choisir le processus, y installer un agent IA qui préparera le travail et que votre équipe validera, le superviser. Des formations pour vos salariés sont en préparation : la formation. Nous développons aussi des logiciels sur mesure avec Claude, dont vous proposez le prix.
Un processus en tête ? Demandez un audit : un rapport d'une page sur vos outils, vos processus et les agents utiles. Il coûte 490 € HT ; son prix est déduit du devis si vous le signez dans les 30 jours.